: 07

Mai spectral

07 : 01 Estéban

07 : 02 les impressionnistes

07 : 03 Le Revenant

Estéban

C’est pas trop la musique que je kiffe. C’est pas trop. C’est pas trop. C’est pas trop la musique que je kiffe. Mais. Mais. Mais. Coule. Coule. Coule. C’est pas trop. C’est pas trop. C’est pas trop la musique que je kiffe. Cool, cool, cool… Pierre, Pierre, Pierre, cool, cool, cool … Bien sûr, bien sûr, mais pas que ça. Cool, cool, cool, bien sûr t’es pas toute seule. Bien sûr, bien sûr on n’est pas tout seuls. Tu viens m’man. Tu viens m’man. Non, non, non. Tu viens m’man. Tu viens m’man. Tiens m’man, tiens m’man, tiens m’man. M’man. M’man. M’man. M’man. Ha, ha, ha, ha ! Tu viens m’man. Tu viens m’man. Tu viens m’man ! Il m’incorpore. Je suis là, là. Ha, ha, ha. Il faut, faut, faut. Le médium dit « faut, faut, faut. » C’est votre fils, c’est votre fils. Dis, dis, dis « Estéban. » Dis, dis, dis « Estéban. » « Estéban », c’est mon nom. Dis, dis « Estéban. » Je vais bien. Bien, bien. J’t’étirais souvent la main, maman. J’t’étirais souvent la main… J’t’étirais souvent la main. Maman, maman. Viens par ici. Par ici. Dis, dis, dis. Vous comprenez ? c’est lui qui me fait faire ça. Evidemment c’est pas moi. Il rentre en moi comme ça. Dis, dis, dis « Estéban, téban, téban. » J’ai retrouvé Kévin, Kévin. Vous comprenez ? Trop tôt, trop tôt, trop tôt. Trop, trop, trop, tôt, tôt, tôt. Il était dans un fauteuil votre fils ?  Fini tout ça. Fini tout ça. Vous avez une grand-mère, de l’autre côté, qui l’adorait. Avec, avec, avec. Tu sais, tu sais. J’ai compris, j’ai compris, j’ai compris pourquoi maintenant. J’ai compris J’ai compris pourquoi, pourquoi. Oh là, là, il est vivace. Il veut parler. Il est speed, speed, speed. Tire-lui la main, tire-lui la main. Je suis là, maman. J’te vois, j’te vois à la maison. Raison de t’en débarrasser. Débarrasser de ça. Vous l’avez fait ? il vous a vu   débarrasser le fauteuil. Débarrasser de ça. (Cliquetis, gloussements, grincements, sifflements émis par le médium). Qu’est-ce que c’est ça ? Un dauphin, un dauphin. Il aime les dauphins. Vous comprenez ? Des dauphins, des animaux partout, tout ce que j’aime. Pour toi, un grand mérite, un grand mérite. On est là pour te soutenir. Et là, je parle de la famille. On te voyait ouvrir la porte, mettre le fauteuil dans la voiture. Aller aux examens, revenir. Prier, espérer. Beaucoup de force, on t’a donné. Toujours, cette dame que je vois. Vous aviez plus de liens avec elle qu’avec votre maman. Vous comprenez, elle n’est pas dans le jugement. Vous avez mis souvent des cierges à l’église en pensant à elle. On sait, on sait. Vous avez un Scénic ? Un Espace. Un truc grand, d’accord. Vous allez dans sa chambre pleurer ? Je suis dans votre lit. (Rires). Non, mais vous ne comprenez pas. Vous comprenez ? Il a été accueilli dans la lumière. C’était chaud, c’était chaud. C’était l’été. C’était au mois juillet. C’était après le 14. Le 19. Heu… J’pars à l’hôpital maintenant. On m’amène à des dons, à une association. Les enfants malades. Vous avez quelque chose à faire avec ça. On sait, on sait, on sait. C’est bien ma petite fille, tant d’amour en elle à donner et à recevoir. On sait, on sait, on sait. Râleur, râleur. Père râleur ?  Votre père est souvent assis à côté d’une fenêtre. Il est assis là et son petit-fils vient. Est-ce qu’il a la photo de son petit-fils sur son bureau ? Parce qu’il me montre ça. Euh, il y a un truc bizarre. Je sais pas trop ce que c’est. Il y a un animal qui a une tête bizarre. Euh, j’ai l’impression que c’est aussi un film, que c’est quelque chose qu’il aimait, que c’est un peu surréaliste, scientifique. Non pas scientifique, non pas ça, pas ça. Quoi alors ? Dis, dis, dis-moi, dis-moi ; Un truc marron. Un animal qu’on trouve pas sur terre, c’est bizarre ce qu’il me montre. Il n’a pas regardé un film, un jour ? on change de monde. Voilà, c’est ça la science-fiction ! On change de monde de l’autre côté, c’est un peu comme une porte ouverte sur un autre monde et après on rentre dans un rond, vous comprenez ? Donc il fait comprendre qu’il est juste à côté.  Il y a un « G » dans votre nom. « G-E-R », « Gervaise », voilà. « Estébé, Estébé, » j’entends « Estébé. » Il a eu un cancer ? oui, la leucémie c ’est un cancer du sang. Du sang, du sang, la recherche avance. Pourquoi pas aussi vite ? Pourquoi ? Des fonds, des fonds, vite. Il faut des fonds sur terre. Vous comprenez ? Il a eu des perfusions ? beaucoup, beaucoup. Il est sur un fauteuil.  Il a eu de la musique dans ses oreilles en même temps qu’on lui met les perfusions ? Est-ce que Kévin ? C’est ça, Kévin ? Est-ce qu’il n’aurait pas rencontrer là-bas Kévin ? Ils se sont rencontrés à l’hôpital. C’est ça. Dans un hôpital où il y avait des photos d’enfants sur un mur. Il y a aussi un endroit où il y a un mur rempli jusque là et on voit des enfants qui jouent derrière la vitre. Il me montre cet endroit-là. C’est la salle de jeu et son esprit est là. Il regarde à travers. « C’est que’que chose, c’est que’que chose pour eux. » Estéban, il gesticule beaucoup avec ses mains, avec ses bras. Vous avez vu l’incorporation que j’ai depuis le début ? C’est ça hein ! Vous êtes séparée avec son papa ? ça fait très longtemps. Je fais ça, mais c’est pas moi, d’accord ? On prend la main comme ça, vous savez un peu comme les personnes âgées. Pardon ma petite fille. T’as eu du mérite. Rôle de maman, rôle de maman. Ton rôle de maman, émérite, émérite… “Maman”, je suis désolé, je fais ça parce qu’il faisait ça. Maman. Maman, je suis là, fini tout ça. Un jour on se retrouvera.

Tu sais, tu sais. Pierre, Pierre tu connais ? On m’a amené là-bas, tu sais. Il y a plein d’enfants. C’est beau ici, c’est beau ici. On fait ce qu’on veut. Dauphins, dauphins. La mer, la mer, dauphins, dauphins. Il a une peluche ? Peluche, peluche, peluche. Sauf une. Tu sais laquelle, tu sais laquelle ? Pas donner, pas donner. 15 ans, j’avais 15 ans quand je suis parti. Je devais partir, tu sais maman. On a parlé, tu sais, tu sais. Je comprenais. Pas tout dit maman, tu m’as pas tout dit maman. Je sais maintenant, je sais maintenant. Vous avez un chat à la maison ? Oui, mais il y en a un chat qui le voit. Eh oui, eh oui. Je passe par par-là, je traverse le couloir pour aller dans ta chambre et je retourne dans la mienne. Vous avez l’intention…vous êtes perdue par rapport au lieu où vous vivez. Vous vous posez la question pour savoir si vous allez partir ou pas. Parce qu’il dit : « c’est pas grave. Je te suivrai. Trop lourd pour toi maman. » Vous avez des gravillons blancs dans votre cour ? Il va là-bas. Il est devant la télé, on le met dans un coin, devant la télé et il reste là. Elle pourrait m’sentir mamie, elle pourrait m’sentir mamie. Mais, mais. Tu sais, tu sais ! Il a un bol avec son prénom. Un bol breton. Il me montre ça. Parce qu’un jour, sans faire attention, vous avez mis son bol. Vous avez fait ça et il était là. Il dit « attention à la hanche, maman ». Il y a votre grand-mère qui le dit aussi. Eh ! il y a une petite dame avec un déambulateur, qui vient vers moi. Là, dans l’allée, mais c’est pas pour vous. Je la vois. Et puis, il y a un monsieur aussi qui semble un peu perdu. On dirait qu’il est un peu déboussolé. Bon, je vais continuer à aider. Allez, soyez en paix. C’est un cadeau de Noël…

            

Les impressionnistes

J’ai pris conscience d’être en contact avec les esprits lorsque j’eus 12 ans. C’est peut-être deux années plus tard lorsque je consentis à montrer mes œuvres que je compris que ces esprits qui prenaient possession de mes mains étaient ceux des impressionnistes français. J’ignorais où se trouvait la France, ni d’ailleurs le nom des peintres qui se manifestaient. Ils attendirent que je grandisse avant de se désigner. Ainsi quand ils ont commencé à signer et à manifester leur propre style, j’ai découvert l’existence de Modigliani. Alors j’ai emprunté des livres à la bibliothèque afin d’en apprendre davantage sur eux. Attention, je ne suis pas un plasticien, je n’ai appris aucune technique picturale et n’ai aucune appétence pour cet art. J’ai bien essayé une fois de peindre consciemment, ce fut une catastrophe. J’ai alors reçu la visite de Manet qui m’a proposé de son aide. J’ai accepté. Le résultat a été fantastique, on a l’impression, comme pour la Joconde, que le personnage vous suit des yeux. Il se peut que ces entités spirituelles m’aient choisi parce que dans une vie antérieure, j’ai pu être peintre et que cet apprentissage soit resté mémorisé dans mon parcours de vie actuelle.

Il me faut de la musique pour entrer en transe. Je n’ai plus besoin d’avoir l’Obscurité complète. En une demi-heure, je peux faire six dessins et peindre trois toiles. Je ne suis pas conscient de ce qu’il se passe sur le papier ou sur la toile. Je n’y prête aucune attention et refuse d’interférer de quelque manière que ce soit. Dès que j’entre en transe, je ressens une très forte excitation, très proche de l’orgasme. Mon corps s’engourdit puis les esprits l’investissent. J’ignore ce qu’ils vont entreprendre, mais je sens leur présence et je les laisse faire. Ils peuvent continuer à travailler pendant que je converser avec quelqu’un. Par sa façon d’arriver, je peux discerner l’identité du peintre. Cependant ils peuvent très bien être plusieurs à m’investir. Auquel cas, je ne parviens pas à les identifier.

Les athées pensent que la mort est un terminus, d’autres, croyants, pensent que la mort enclenche un processus de transmutation. Tout cela est faux. On reste identique à notre présence terrestre, le corps physique en moins. D’ailleurs l’apparence projetée par l’entité peut être en décalage avec celle qu’elle avait sur terre. Delacroix porte à présent des jeans et Toulouse-Lautrec n’a plus de problèmes avec ses jambes. Il a même grandi un peu. Il s’intéresse beaucoup à la gastronomie et aime plaisanter. Alors que Van Gogh est, lui, beaucoup plus grave. Il est très versé dans la métaphysique. Il cherche à se réincarner pour accomplir un travail spirituel qu’il n’a pas pu accomplir de son vivant.

Nous conservons notre dimensionnement spatio-temporel. Morts ou vifs, notre évolution dépend de nos expériences. Léonard De Vinci est ainsi devenu un extra-terrestre qui, accompagné d’autres entités comme lui, fait parfois des séjours sur terre. Absolument.

Le Revenant

Comme les anges à l’œil fauve,

Je reviendrai dans ton alcôve

Et vers toi glisserai sans bruit

Avec les ombres de la nuit ;

Et je te donnerai, ma brune,

Des baisers froids comme la lune

Et des caresses de serpent

Autour d’une fosse rampant.

Quand viendra le matin livide,

Tu trouveras ma place vide,

Où jusqu’au soir il fera froid.

Comme d’autres par la tendresse,

Sur ta vie et sur ta jeunesse,

Moi, je veux régner par l’effroi.

Charles Baudelaire.

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